Lieu de rassemblement de l'armée "Les Griffes de l'Occident". (En relation avec le jeu Native Kingdoms)
 
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 Une lumière dans l'horreur de la guerre

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Vinou

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MessageSujet: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:21

Virginia_ a écrit:
[Là où je suis]

Entre ici et ailleurs ...

Elle avait une impression de légèreté telle une plume volant sur les ailes du vent. Elle se sentait bien, en sécurité, sereine et étrangement détachée de tout. Cela faisait un long moment déjà qu’elle n’avait plus eu cette impression de bien-être et ce calme qui s’emparait d’elle.

En fait, depuis qu’elle avait eu ses trois enfants et qu’elle avait choisi d’exercer certaines fonctions à différents niveaux et de s’engager pour son Royaume, elle ne l’avait plus réellement ressenti et là, à cet instant, elle était tous simplement bien.

Un sourire flottait sur les lèvres de la jeune femme, son regard azur profond était voilé et s’était éclairci, on aurait dit que la couleur en partait comme le dernier soupire qui s’échappe de la bouche d’un mourant. Son corps ne lui appartenait plus, il lui était devenu étranger, comme dédoublé.

La lumière autour et à ses côtés se faisait de plus en plus intense et attirante mais à aucun moment, elle n’en fut aveuglée. Au centre de celle-ci, un visage, puis un corps apparurent … Amaury … Le regard pétillant de joie, le visage toujours un peu enfantin, il lui faisait signe de s’approcher. La jeune femme n’eut qu’une envie, tendre le bras et attraper cette main qui s’offrait à nouveau à elle pour la saisir, se blottir contre sa chaleur, se perdre dans son innocence. Elle fit un pas main tendue, puis deux, au troisième, elle hésita, pencha légèrement la tête sur le côté, la silhouette disparu, elle laissa retomber la main le long de son corps.

Nulle peur ne s’empara d’elle, elle se contenta de regarder autour d’elle et ce qu’elle vit fit s’élargir encore son sourire. Un couple, d’un certain âge, se trouvait à présent face à elle. Ils se tenaient par la main, de ceux-ci se dégageait une quiétude et une béatitude que la jeune femme leur enviait presque. Les prunelles azurées de celle-ci et celles similaires de la grand-mère se fixèrent l’unes à l’autres. Il n’y avait pas de doute possible, l’une était bien la fille de l’autre. Un amour tout maternel filtrait au travers de la femme plus âgée.

L’attention de la jeune femme se porta sur l’homme dont la carrure en avait effrayé plus d’un. La chevelure geais, épaisse n’était pas sans rappeler la sienne. Les deux bouches souriantes étaient quasi identiques. Une lueur malicieuse faisait écho de part et d’autre. Là encore, aucun doute n’était possible, il s’agissait bien du père et de la fille.

Elle les regarda un long moment, son père, sa mère, les deux ensembles. Ils étaient si proches qu’une seul geste de sa part aurait suffit pour qu’elle se retrouve dans leur étreinte bienveillante et protectrice qu’elle avait déplorée depuis tant de temps. Pourtant, aucun d’eux ne fit ce geste, personne ne bougea. Lentement, le couple disparu.

Elle contempla à nouveau ce qui l’entourait. Elle marchait dans l’herbe, des fleurs poussaient ça et là, le chant d’un oiseau s’entendait au loin. Mais ce qui surpris le plus la jeune femme, ce fut d’entendre le bruissement de l’eau qui semblait s’échapper d’une source naturelle. D’un pas paisible, elle se dirigea vers l’origine de ce frémissement. Elle déboucha sur une clairière et s’arrêta aussi soudainement qu’elle s’était mise à marcher.

La surprise puis l’émotion à l’état pur passèrent sur son visage. Il se tenait allongé devant elle. Lorsqu’il releva la tête, ses boucles blondes indomptées et sauvages s’agitèrent dans un savant mélange d’un grand n’importe quoi. Ses yeux rayonnaient de joie de vivre, elle vit les fines rides qu’il avait au coin de ceux-ci, que le rire et la bonne humeur avaient creusées au fil du temps. Un son lipide et cristallin s’échappa de sa bouche perpétuellement enjouée, il riait. Son « grain de folie » était là, devant elle, son « Frère », Pierrig … Elle voulu s’approche de lui, lui courir dans les bras, le couvrir de tendre baisers mais il fit « non » de la tête, le visage soudain grave, dirigeant le bras sur sa droite à elle. Elle ne voulait pas se détourner de lui, elle voulait le suivre, rester à ses côtés, le retrouver comme avant mais une force invisible la poussa à se détourner légèrement.

La clairière, l’herbe, les fleurs et l’eau s’effacèrent pour laisser la place à deux visages, deux hommes. L’un était son « cœur », l’autre son « chevalier aimant et aimé ». Ils avaient été son présent, ils étaient son passé. Théo … Vonafred … Qui ? Quoi ? Quel serait son avenir ?

Trois frimousses prirent leur place. La chipie et malicieuse Matthéa, la sauvage et têtue Emma, le doux et curieux Audric … Ses enfants, leurs enfants … Ils étaient son présent et son avenir ainsi que … Elle posa la main sur son ventre arrondi.

Un éclair de douleur passa dans son regard. Lorsqu’elle leva la main pour la regarder, du sang coulait de celle-ci. Elle se souvenait, elle savait où elle était. Après avoir combattu des jours et des nuits, sans relâche, sans faillir, voyant tour à tour ses frères d’armes tomber les uns après les autres, seulement blessés ou parfois pire … morts, elle avait été touchée à son tour. Elle gisait dans l’herbe froide et humide de cette fin de nuit hivernale. Le vent glacé lui figeait les entrailles. La gorge sèche et douloureuse d’avoir passé une bonne partie de la nuit dans ce bourbier sans nom ne laissait échapper aucun son, aucun bruit.

Elle essaya de se mouvoir mais ses membres restaient inertes, refusant d’obéir à sa volonté, refusant d’aider cette vie qu’elle avait en elle, qu’elle portait en elle. Son souffle se fit plus court, la peur, la panique, l’effroi l’envahissaient petit à petit. Elle ne pouvait pas finir ici, elle ne pouvait se permettre de se laisser aller, elle ne pouvait pas fermer les yeux, non, elle ne pouvait pas, elle devait tenir pour eux, pour elle, pour ce petit être à venir. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues, ses lèvres se mirent à bouger, un faible murmure s’en échappait … Elle fredonnait.


[Berceuse pour un enfant à naitre]
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Vinou

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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:23

Ewaele a écrit:
[Rouge serment]

Ewaele était entièrement rentrée dans son livre. Elle se laissait porter par les images que les mots faisaient naître en elle. Ewa se trouvait dans un passage épique où le héros affrontait le géant pour sauver la princesse. Rien de très original, mais cela la faisait toujours sourire car elle se rappelait clairement avoir refait ce morceau précis avec son amie Marie-Alice, quand elles étaient jeunes, elle dans le rôle du valeureux guerrier. Soupière sur la tête et bout de bois en guise d'épée, elle bataillait contre l'immense monstre, pour délivrer la pauvre beauté que la bête avait emprisonnée et qui était figurée par un long coussin. Ha quel bon souvenir c'était là! Sa concentration fut brisée par un bruit à l'extérieur. Elle ne comprit pas tout de suite de quoi il s'agissait, immergée comme elle l'était dans son passé, mais la répétition lui permis de comprendre qu'on avait dit son nom. La rousse marqua la ligne où elle en était de son doigt et leva doucement les yeux. Il était étonnant qu’on l'appelle ainsi par son prénom, et comme elle n'avait rencontré que peu de monde depuis son arrivée, qui pouvait bien l'interpeller de cette façon? Une fois ses yeux sur l'importun, elle vit un médicastre d'environ son âge, assez grand, avec les cheveux noirs. Il lui fit comprendre qu’elle devrait peut-être laisser le gosse se reposer, qu’il ne risquait plus rien, et qu’un peu d’air frais lui ferait reprendre une mine un peu plus colorée… Elle ferma son livre et le mit dans sa besace tout en s'éloignant.

La jeune femme marchait d'un pas lourd, avançant parmi les tentes du campement. Des flammes venaient miroiter dans le ciel ténébreux de la nuit et des cris résonnaient dans le lointain. Tout n'était que désolation, décombres et vestiges d'un autre temps. Des cadavres au visage déformé par la terreur reposaient sur le sol, les corps transpercés par elle ne savait quelle arme meurtrière et destructrice… Des combats violents avaient encore lieu plus loin, elle les entendait et s’avançait vers eux, comme attirée… Le vent hurlant à ses oreilles et giflant son visage gelé. Sa monture sur laquelle elle se tenait maintenant galopait à une allure vertigineuse. Ewa resserra les cuisses et enserra le cou de la bête. Les bruits des combats s’était arrêtés jetant la nuit dans un silence lourd, pesant… Elle calma la course de son équidé puis glissa de son dos, prit la longe dans une main et l’entraina dans ses pas peu rassurés. Elle marcha de longues heures au milieu des champs de batailles à la recherche de visages connus, elle avait du abandonner son cheval pour que les recherches soient plus aisées. Elle enjambait les corps, détournait le regard quand elle apercevait une silhouette qui aurait pu lui rappeler quelqu’un, s’en approchait presque à reculons et le cœur au bord des lèvres se rendant compte que le corps qui gisait au sol lui était inconnu, faisait demi-tour.

Tractée, irrésistiblement appelée... C'était avec une sensation des plus étranges qu’elle avançait, la nuit était noire, le fin croissant de lune ne parvenait pas à éclairer jusqu'aux profondeurs du lieu où elle se trouvait et où les combats avaient fait rage, laissant la part belle aux étoiles... Aussitôt, les pans brumeux d’un rêve se refermèrent autour d'elle, l'enveloppant dans un cocon immaculé, retenant sa chute dans l'obscurité. Elle était immobilisée, un quelque part entre deux temps, un instant suspendu au milieu de nulle part. Ewaele, à la fois consciente et dissoute, sentit son esprit migrer de plus en plus vite. Désemparée, intriguée, elle avança de nouveau, menée par un instinct vague. Elle savait pourquoi elle était là, confusément, elle savait que sa présence avait un motif. Elle ne chercha pas à retrouver ses esprits, cette sensation de flou, de marcher sur de l'ouate, était des plus plaisantes. Pourtant…

Une vive lumière l’éblouit et elle se tourna avant de porter sa main au dessus de son visage comme pour repérer quelque chose, mais rien ne se distingua. Une voix puissante résonna en elle, dans son esprit et dans son cœur aussi clairement que si ses oreilles entendaient. Ewa se serait laissée à trembler ou à s’évanouir si la voix ne lui avait pas ordonné autre chose. La lumière se dissipa et la jeune femme tomba sur ses genoux puis rampa difficilement jusqu'à ce corps. Comment son instinct avait-il pu être aussi puissant ? Comme si un sixième sens lui avait fait comprendre… Non ça ne pouvait… Elle arrêta sa progression et laissa sa tête toucher le sol se bouchant les oreilles elle se mit à crier un non, puissant et rauque… Elle s’aida de ses mains pour continuer, elle devait être sure, elle devait… L’évanescente image de soi même quittant le réel… Impalpable. On ne pouvait pas retranscrire la sensation d’envol qui s’emparait de nous, comme un vent fort prend un petit oiseau dans ses griffes. Sa cape glissait sur sa peau blanche, à la manière de l’eau claire et lentement, elle s’enfonçait dans un dédale, plus profondément à chaque minute passée. Parce qu’elle croyait qu’il suffisait de crier pour se faire entendre? Elle avait beau rouler ses yeux dans leur puits à sec, elle n’avait pas peur! Elle avait dedans l’araignée bleue des glaçons de son cœur, elle n’avait pas plus de cœur que les ciseaux de ses yeux, pendant que son cri tranchait l’air au lancer de son poing… Elle n’avait pas peur! Un trou de rage, et tous ces éclats. Déchirure brutale. Elle avait la poitrine en orage, les veines de son cou comme un taureau d’arènes. Mais elle n’était pas condamnée si ce n’était à elle-même. Elle avait beau vomir sa rage en écumant d’insultes, ses lèvres se tordaient apocalypses blanches. D’entre ses dents sifflaient le verbe d’un va-t-en. La haine d’elle-même. Elle avalait de la paume l’air qu’on pouvait respirer, bien serré, étranglé entre ses doigts d’acier et lui docile de se rapetisser, elle ne plierait pas. Elle c’était finit. Il restait désormais : la jeune femme, l’enfant, et la vie…

Ses mains remontèrent lentement le long de ses bottes, frôlant ses genoux, puis ses cuisses, son museau arriva à la hauteur de son ventre, elle se retrouvait pratiquement allongée sur elle en proie à des tremblements de découvrir l’horreur. Elle avala sa salive en découvrant son ventre rouge écarlate, un vent de panique s’infiltra dans ses chairs, ses mains continuèrent leur course pour venir envelopper de chaque côté les formes de cette fin de grossesse, elle ne savait pas quoi faire, dans l’absurde de la situation elle essayait de trouver la plaie… Elles étaient là, égarées, à ramasser à la petite cuillère. Elle continua son introspection minutieusement, comme si elle avait le temps pour cela, vint caresser son visage blafard, ses yeux fermés, ses long cheveux collant et poisseux, elle devait être blessée à la tête, mais la rouquine ne voyait rien, rien à par la protubérance où la vie était cachée. Dans certaines urgences on ne savait d’où on tirait ses forces, elle souleva la jeune femme dans ses bras, il fallait bien finir par s'enfuir. Partir avec rien ou si peu, contourner les points de mire, éviter les obstacles, trouver les frontières et les traverser dans le noir d'une nuit d'exil. Apprendre à continuer vaille que vaille et tant pis si quelque chose en elle s'était rompue, tant pis le dos fourbu, le profil bas, ce froid au cœur, tant pis cette solitude, cette désolation, oui, tant pis. Rejoindre le campement et la tente qu’elle avait quittée au début de la nuit. Les sauver, elle et l’enfant, les faire vivre à tout prix! Elle murmurait son prénom, elle lui parlait, essoufflée sentant les faibles battements de son cœur sur sa poitrine, avançant aveuglément, sentant le poids de sa vassale lui peser dans les bras, mais rien à faire elle devait continuer et ramper même s’il le fallait, mais ne surtout pas abandonner. Plus rien n'était pareil. Elle marchait, disait des mots tragiques quelque fois et ses yeux balayaient les tentes inconnues qui se profilaient à l’horizon, pendant que frémissait sa peau sous sa chemise, sentant la chaleur du sang se répandre sur elle. Elles étaient là. Quelques poignées d'amour contre un torrent de haine, comment était-ce possible?
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Vinou

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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:29

Virginia_ a écrit:
[Ici, là-bas … un choix … ]

Une voix … un cri rauque …
Un nom … son surnom …
Des chuchotements … des encouragements …
Des caresses … du réconfort …

Tout cela, la jeune femme le percevait, elle le ressentait, le saisissait dans un épais brouillard. Ses paupières frémissaient, elle avait tellement envie de les ouvrir, de crier que tout allait bien, qu’elle guérirait, qu’elle vivrait, qu’ils vivraient … Mais tout lui semblait si difficile à faire, pratiquement insurmontable. Elle sentait ses forces l’abandonner, la fuir comme une nuée de rats quittant un navire qui sombre. Et je sens que je tombe et je sens que je tombe* …

Des images se formaient dans son esprit embrumé, des visions de combat, des corps mutilés, inertes ou qui convulsaient, des membres arrachés, éparpillés au gré des combats, des visages défigurés que même la famille la plus proche ne pouvait reconnaître. Il y a avait ce sang, cette odeur nauséabonde qui flottait depuis des jours et des nuits autour d’elle, cette poisse qui s’infiltrait jusqu’au plus profond des êtres et dont on ne sait comme se débarrasser. Mais le pire de tout était les cris d’agonie des uns et des autres, les gémissements de douleur, les hurlements de terreur, les plaintes sourdes et profondes que poussait les amis, les proches, les familles, … Comment se relever après cela ? Comment vivre avec cela ? Comment continuer tout simplement après cela ? On est bien peu de choses* …

Comme il aurait été facile de se laisser glisser dans ce songe qu’elle avait fait, revoir ceux qu’elle avait aimés, qui lui étaient chers, au près de qui elle savait qu’elle serait bien. Oh oui, la jeune femme aspirait à tout cela, qui n’était pas grand chose en fait. Elle aspirait à être heureuse tout simplement, être celle qu’elle était, retirer le masque que nous portons tous à un moment ou à un autre de notre vie et être elle, juste elle, juste une femme tout simplement. Pouvoir montrer ses failles, ses faiblesses, pouvoir dire ses doutes, ses peurs, pourvoir oublier, recommencer où l’on voulait sa vie. Et je serai poussière pour toujours demain* …

Pouvait-elle faire cela ? Avait-elle seulement le droit de le penser ? Cela faisait-il d’elle une femme égoïste ? Si elle décidait de courber la tête, de plier l’échine, d’arrêter de se battre qui serait-elle ? Serait-elle encore elle ? Qu’adviendrait-il se ses enfants et de ce petit être qu’elle portait en elle et qui n’avait pas demandé à être là ? Aurait-elle le courage de continuer, se sachant seule avec quatre enfants, n’ayant plus qu’eux comme famille. Pouvait-elle les laisser sans une mère aimante à leurs côtés ? Elle avait toujours cru en la Lumière du très Haut, elle l’avait suivie, avait combattu pour Lui mais à cet instant, elle était perdue, elle avait besoin d’un signe d’un geste, d’un mot ...

Elle voulut serrer la main de son amie présente à ses côtés mais elle ne put rien faire, elle ne pouvait bouger, juste penser et encore à quoi ? Moi j’ai besoin d’espoir sinon je ne suis rien* …



(*Paroles : Cécile Caulier 1964)
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Vinou

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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:31

Ewaele a écrit:
[Dans le chaos... la vie!]

Alors qu'un stress intolérable bouillonnait dans son estomac, elle fit passer son courage à la première place de ses sentiments. Elle sentit le doute étreindre son cœur. Elle détestait ce tremblement dans ses jambes, dans ses mains, cette adrénaline dans chacune des fibres de son corps, le fourmillement de ses orteils. Elle songeait à présent à ces pensées qui vous traversent l’esprit sans raison apparente et qui accompagnent généralement dans vos états de panique. Elle se demandait, horrifiée, si elle allait rester là sans rien dire, sans rien avoir à faire, si elle n’était pas tout à fait inapte. Sa gorge était nouée et elle jeta un bref coup d’œil à la sage femme, se demandant si elle était plus assurée qu’elle en cette minute. Tout avait été très vite, le campement, sa tente, attraper le premier gus qui passait par là et lui crier dessus qu’il lui fallait du monde, médicastre, sage femme, n’importe qui mais surtout elle ne voulait pas rester seule et tout s’était enchainé. Sa vassale était maintenant allongée sur son lit de fortune sous sa tente, un petit feu de camps s’était allumé juste devant, elle ne maitrisait plus rien, d’autres avaient prit le relais pour elle. Mais elle était restée toutefois à ses côtés ne voulant la perdre une minute du regard.

Ewa fit une grimace et posa ses deux mains sur son ventre tendu, vit avec fascination celui-ci s’arrondir à vue d’œil et durcir, se mordit la lèvre et prit une profonde respiration. Le ventre avait repris sa forme normale, pendant légèrement en avant. La sage femme avait vu juste, le choc avait sans doute déclenché l’arrivée du bébé… Ewa avait pris soin de nettoyer son amie en attendant l’arrivée des autres personnes, le ventre de sa vassale n’était pas touché, peut être était-ce le sang de ses adversaires ou celui qu’elle avait perdu des blessures qu’elle avait sur les bras… Peu importait en fait, maintenant sa seule préoccupation c’était que tout se passe bien et qu’on sauve mère et enfant. Ces certitudes rassurantes en tête, la jeune femme s’employa ensuite à calmer les battements de son cœur. Elle avait l’impression d’avoir un tambour dans la tête au fur et à mesure que le sang battait dans ses tempes et elle tenta de penser à autre chose. Peine perdue, hélas, semblait-il. Ses yeux se trouvèrent attirés comme un aimant par cette petite vie qui allait arriver et, nerveuse, elle tira sur une des manches pour être sure qu’elles soient bien à la même longueur. Elle se demanda de quoi elle devait avoir l’air, là. L’atmosphère était étouffante, comme il sied à une couveuse, empestée encore par l’odeur de la chair qui décline irrémédiablement, et elle sentait des perles de sueur naître sur son front, héritage honteux de son stress et de la chaleur ambiante. Pas un souvenir de fraîcheur ne parvenait à la calmer, pire encore, ils la rendaient presque hargneuse. Elle aurait souhaité que tout aille très vite…

Les contractions se faisaient plus rapprochées, et son amie était toujours inconsciente, sans doute le coup qu’elle avait reçu sur la tête, mais cela ne faisait qu’inquiéter sa suzeraine un peu plus. Arriveraient-elles à mettre l’enfant au monde sans l’aide de la mère? La sage femme avait un air rassurant, grande et mince, avec des épaules larges, des avant bras musclés et une expression douce et pragmatique qui inspirait confiance. Elle commença son examen préliminaire, tout lui parut normal, une jeune fille arriva avec des linges propres et elle en prit un, le roula en boudin et le cala sous les reins de Vinou. Ewa aperçut alors un filet de sang noirâtre couler entre les cuisses et lança un regard inquiet à Rose, la sage femme. Elle hocha la tête d’un air rassurant, elle lui expliqua que ce n’était rien et qu’il fallait s’inquiéter que si l’on voyait du sang rouge et en abondance. Elles s’installèrent aussi confortablement que possible et Rose prit la main de la future mère et lui parla comme pour la réconforter, à chaque nouvelle contraction elle lui massait fermement le creux des reins, comme si l’inconsciente pouvait ressentir quoique ce soit. Dés la fin de la contraction suivante, Rose retira le drap et retroussa la chemise, elle palpa, ici et là, le ventre de ses doigts rapides et expérimentés. Elle dut s’y reprendre à deux ou trois fois car la pression de ses mains semblait intensifier les contractions. Enfin elle recula d’un pas, observant d’un air concentré la malheureuse. Elle demanda à la rouquine de se placer derrière elle et de l’aider à se cambrer… Ewa s’exécuta et vint se placer derrière sa vassale, l’entourant au mieux de ses bras et aidant son corps à se cambrer. Pendant ce temps, elle posa ses mains sur l’enfant à travers la paroi abdominale et tenta de le retourner, Rose fit une nouvelle tentative. Encore et encore, puis il y eu un brusque mouvement de liquide et la masse amorphe de l’enfant pivota sous les mains de la sage femme. D’un seul coup, la forme du ventre de Vinou se transforma. Rose s’agenouilla au pied du lit. Apparemment, elle remarqua un progrès notable, se releva aussitôt, alla chercher une bouteille, versa un peu de son contenu huileux dans ses mains et se mit à oindre doucement l’entrecuisse de la future mère lui parlant doucement, lui répétant que tout allait bien. Ewa se demandait qui elle essayait de convaincre par ses mots, vu que Vinou était dans un autre monde, un ailleurs peuplé de beaux rêves, elle l’espérait…

A la contraction suivante, Rose posa les deux mains sur le ventre et appuya fortement, et continua ainsi jusqu'à la fin de la contraction… Elle demanda à Ewa d’en faire autant à la prochaine. La rouquine encercla plus étroitement le corps de sa vassale et posa ses mains sur celle de la sage femme, on y était presque soi disant. La comtesse inlassablement et silencieusement répétait Aël, Aël… Mo Aël*, viens nous rejoindre, sors du ventre de ta mère, nous t’attendons, viens… Ce nom lui était venu naturellement, logiquement… Au signal de l’accoucheuse, elles se mirent à pousser autant qu’elles le pouvaient et victoire… Une forme ronde apparut soudain entre ses cuisses, Rose poussa une dernière fois plus délicatement sur la dernière contraction, la tête était dehors. Lentement le bébé pivota, la rouquine se redressa un peu, faisant du coup bouger aussi son amie, mais elle voulait voir. La sage femme lui fit signe de la rejoindre et elle abandonna Vinou en l’allongeant. Elle aperçut les yeux et la bouche fermés, humides de sang et de fluide visqueux. Rose se pencha entre ses cuisses et soutint de sa main gauche la petite tête tandis que les épaules sortaient l’une après l’autre. Puis le reste du corps émergea très vite et la sage femme passa la main sous les hanches du bébé pour le soutenir tandis que les petites jambes se faufilaient dans cet univers. L’ouverture entre les jambes de Vinou commença aussitôt à se refermer autour du cordon bleu rattaché au nombril du bébé. Rose souleva le petit corps et l’inspecta avec angoisse. Il y avait du sang partout… C’était une fille, elle était parfaite. Le bébé ouvrit la bouche et se mit à crier. Ewa regarda sa vassale avec un sourire en demi-teinte… Rose tenait l’enfant contre sa poitrine et l’emmena un court instant pour, elle le supposait, le nettoyer. L’accoucheuse revint avec la petite, lavée et enveloppée dans une petite couverture et la confia au bras de la Comtesse qui eut un hoquet de surprise… Mais rapidement elle se ressaisit et cala l’enfant qui geignait tout contre elle en lui murmurant à l’oreille :
Mo Aël, mo Aël…

Elle revint auprès de son amie qui reposait toujours sur son lit, la sage femme après s’être occupée de la petite, avait nettoyé la mère et l'avait débarrassée de toutes souillures. Elle portait maintenant une chemise blanche immaculée. La jeune fille qui avait apporté les linges propres était là à nouveau et, bizarrement, sous la tente tout était propre et respirait la sérénité. Ewa n’en revenait pas… Elle s’approcha de la mère et demanda un instant à la sage femme de tenir le bébé puis passa à nouveau derrière son amie, qu’elle redressa contre son corps. Lentement elle déboutonna sa chemise, laissant apparaître un sein lourd puis tendit les bras. Elle plaça au mieux l’enfant, posant sa tête au plus près de la poitrine de sa maman… Et là elle attendit que la magie s’opère, il ne fallut pas longtemps à la petite goulue pour trouver le garde manger et mettre ses lèvres en action autour du téton de sa mère… Le seul bruit que l’on pouvait entendre maintenant, alors que le jour pointait le bout de son nez, c’était un bruit de succion…


*Mo Aël = Mon ange
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Vinou

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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:37

Virginia_ a écrit:
[Un choix … la vie …*]


Elle flottait encore et toujours dans cet océan de calme et de tranquillité, loin des obligations, des tracas, des soucis, libérée de tout et des tous. Oh qu’elle y était bien, pour peu, elle aurait poussé un soupire de bien-être ou un ronronnement digne d’un félin savourant les caresses qu’on lui prodigue, si elle avait pu, elle se serait roulée en boule pour se pelotonner dans ce velouté. Si elle avait pu … ? Pourquoi ne pouvait-elle pas le faire ?

« Oh … mais … que … non … ». Un violent éclaire de douleur la traversa, elle sentait qu’on la transportait, qu’on la touchait. Des lancements lui déchirait les entrailles et puis surtout, il y avec ce vacarme infernal qui lui vrillait la tête. Ce n’était pas croyable, qui pouvait avoir autorisé un saltimbanque à faire autant de bruits en ces lieux ? Mais où est-elle en fait ? Vinou ne s’en souvenait pas. A travers la cacophonie, elle percevait des voix. A qui appartenaient-elles ? Elle ne le savait pas. Des mains la touchaient, que voulaient-elles ? Pourquoi ? Que se passait-il ? Elle aurait voulu crier, faire un boucan de tout les diables à son tour, montrer qu’elle était là, pas totalement présente mais au moins en partie. Une sourde angoisse naquit en elle, une peur insidieuse qui commence en ne sait où et qui se faufile jusqu’au plus profond de soi sournoise et perfide.

Son enfant ! Que faisaient-ils à son enfant ? Non ! Elle ne pouvait pas les laisser le lui prendre, ce n’était pas possible, c’était le sien à elle toute seule et à personne d’autre depuis que … Mieux valait ne pas penser à cela mais penser à cette vie qu’on essayait de lui arracher. Que faire, comment les en empêcher, comment les sauver son enfant et elle, sa fille, elle en était persuadée depuis le début de sa grossesse, son ange d’espoir. C’était à cela qu’elle devait se raccrocher, à cette image, celle d’un ange blond*.

Mentalement, elle s’encouragea à se ressaisir. Elle devait retrouver la raison et surtout, surtout la garder, ne plus se laisser emporter loin de l’essentiel, loin de ce petit être qui n’avait rien demandé à la vie. Refoulant tout ce qui n’était pas l’instant présent, cherchant à se rapprocher de plus en plus de ce monde auquel elle appartenait, de ce pourquoi elle avait combattu si longtemps, elle retrouva petit à petit sa lucidité. Suffisamment du moins pour se rendre compte que les picotements lui provenant des bras devaient être dus à des blessures superficielles, que les lancements dans sa tête venaient d’un coup plus profond qui la forcerait un moment à ne pas attacher sa longue chevelure de geais, que les déchirements issus de son ventre étaient tout simplement la venue imminente du bébé et que les voix qu’elle entendait étaient des encouragements et non fourberies.

Parmi celles-ci, elle reconnu celle d’Ewa, la Rouquine, sa Suzeraine et amie, presque sa sœur au fond de son cœur. Elle devina la présence de celle-ci autour d’elle et contre elle, l’entourant de ses bras, les mains qu’elle avait prises pour des mains mal attentionnées étaient des mains bienveillantes, salvatrices et protectrices. Elle distingua également d’autres mains et une présence empirique, une accoucheuse cela ne faisait plus de doute à la jeune femme, elle était entre de bonnes mains.

Pour les avoir déjà vécues, Vinou savaient que les contractions étaient de plus en plus rapprochées et que la fin ou plutôt le début d’une nouvelle vie était proche. Un ultime effort restait à faire mais elle ne pouvait les aider tellement elle se sentait faible et vidée de toute force vitale, elle ne pouvait que se joindre psychiquement à la supplique de son amie. Un cri se fit enfin entendre, la jeune femme aurait fondu en larmes de bonheur si elle l’avait pu, elle aussi aurait crié mais crié de joie devant ce nouveau miracle de la vie. Elle pouvait bien se reposer un peu, rester étendue un moment et profiter de cet instant encore un peu. Doucement, elle sombra dans un léger sommeil.

Un souffle froid sur sa poitrine que l’on avait découverte suivit d’un téméraire souffle chaud la réveilla. Une succion lui apprit que son bébé lui avait été rapporté et qu’il ou elle avait une faim de loup. Elle ouvrit lentement les yeux et l’observa pendant un moment. Il n’y avait pas de doute, le poupon savait ce dont il avait besoin.

Vinou callant au mieux l’enfant au creux de son bras, n’écoutant pas la douleur infime qu’elle en ressentit, écarta légèrement les pans de la couverture. Son regard azuré se porta sur Ewa, elle lui sourit en hochant lentement la tête avant de tendre la main et d’en saisir la sienne pour la serrer délicatement. Elle reposa ses prunelles sur le bébé, sur sa fille tout en murmurant doucement :

Mo Aël … Maëlya … Bienvenue…



(* Dédicaces personnelles … en toute amitié … Merci LJD Ewaële, LJD Lenanceendu25 et Pierrick)
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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:41

Ewaele a écrit:
Un jour, une nuit, des couleurs.

Elles, un autre jour, une autre nuit, de leurs couleurs intérieures? Elles, toutes. Femme en jachère, sourire de madone, ventre en point d'ancrage... Ce ventre qu’elle regardait en pensant au sien quelque mois plus tôt… Il fallait transgresser les interprétations. Ouvrir les paupières, en premier soleil, en trouées dans son fief d'obscurité. De ce vert à mâcher, à broyer, à écraser de tout son poids. Extraire de son vert de pomme, la créativité insensée et y croire, y croire jusqu'à ce que son sang s'époumone à galoper, tout rouge et tout puissant. La vie… Elles vivaient. Hors des murs, hors des sentiers battus. Ewa avait l'humeur vagabonde et l'œil, comme un compas, à perte d'horizon circulaire. Sa main dans celle de cette femme-mère, sa vassale à regarder avec émotion cette petite fille accrochée au sein… Etait-ce le calme avant la tempête? Elle devait partir plus loin. S'enfoncer dans la méconnaissance de ce que demain lui réservait. Ramener enfin le gamin dans le royaume françoys, mais cela voulait dire les laisser, elles, ici à Brignoles… Mais pour l’heure elle s’emballait pour une étincelle, cherchait à comprendre ce qui la déclenchait, ce qu'elle cachait quand elle brillait, ce qu'elle tairait probablement toujours… Graver à jamais cette image d’une mère et son nouveau né… Graver les instants précieux qu’on venait de lui offrir et s’en nourrir pour être plus forte face à l’adversité.

Elle leur murmura des mots qu’elles seules pouvaient comprendre, leur expliqua qu’elle partait mais reviendrait les chercher aussitôt Grimoald en Bourgogne, qu’elle ne les abandonnerait pas une nouvelle fois… Et le silence rempli de douceur, de compréhension, de sensibilité et de bien être prit place entre les deux femmes… L’instant unique où deux âmes, deux femmes, amies se comprennent sans rien formuler, les adieux seraient déjà à eux seuls assez lourds. Et puis, les yeux fermés, lire les partitions en soudoyant des chorégraphies inexpressives, gratter leur masque et faire valoir la communication gestuelle. Sourire…


L’ESCARMOUCHE

[Entre conscience et inconscience… Un récit trouble]

Elle se sentait s’élever, traversant un lieu sans nom, comme un ciel épais, successivement nuancé de bleus, d’ocres variés puis de blanc. Un blanc lourd, une toile d’hiver, il neigerait sans doute… Comme dans la réalité? C’était bel et bien la saison du givre… Il contrastait avec le tableau de son songe et se sentait léger, comme s’apprêtant à disparaître. On dit que certains hommes ne reviennent jamais de leur nuit, était-ce ainsi? Et entendait-on une délicate mélodie, à peine audible, venir nous envelopper dangereusement, prête à nous étouffer? Non, cette musique si fine et si douce ne pouvait être que bienveillante, le pensait-elle du moins. Ewaele vit les notes, comme faites d’or, s’échapper de fenêtres tout aussi riches et décorées. La demeure? Etrange que son conscient l’emmène en ces lieux qu’elle avait à peine habités. Et pourtant, elle était attirée, irrésistiblement attirée. Et brusquement, elle redevint lourde et ses pieds touchèrent le sol : l’entrée de la propriété même. Elle fut assez hébétée, un peu sonnée par cette sensation d’apesanteur soudainement réduite à néant, le froid la prit aussi, comme si elle était de retour en Limousin et elle avança dans la bâtisse, un peu hésitante. C’était bien beau, mais d’une façon irréelle… Il y avait d’autres personnes aussi! Ce qui la surprit plutôt, d’autant plus qu’elle n’avait pas l’air de les connaître. Elle se retourna pour voir qui lui parlait mais il n’y avait personne.

Ewaele glissa sa main dans celle de Grim qui ne la rejeta pas, même s’il tourna son visage vers celui de la Comtesse pour lui signifier qu’elle prenait des libertés notables. Elle avança et son bras se tendit emportant la main figée de l’enfant. Non il n’y avait rien de naturel dans ce geste, rien qui ne présageait que le sale gosse allait la suivre. Pourtant, elle insista fortement et il fit un pas, puis un autre, conciliant. De l’autre côté, une ombre s’agita. La rouquine n’aimait pas tout cela, ce type de manifestation dégénérait toujours et tous ici savaient, ou presque, se battre. Les portes de la ville d’Aix s’ouvrirent majestueusement. Elle referma immédiatement son visage, vraiment peu convaincue de l’issue de l’histoire… Troublée par cet attroupement de soldat, elle se tourna vers le gamin… Elle entendit des pas s’approcher et ne se retourna pas tout de suite pensant qu’il s’agissait d’une ronde. Mais il n’en fut rien, une voix lisse de ténor mal assuré prononça des paroles. Elle se tourna lentement et comble d’horreur… Elle n’eut que le temps de dégainer son arme et de se positionner devant Grimoald comme si elle pouvait à elle seule le couvrir. Elle aurait aimé lui crier sauve-toi mais trop choquée par ce qu’il leur tombait dessus, elle se concentra sur la dizaine d’hommes et de femmes qui venaient les encercler pour livrer combat. Il n’aurait de toute façon pas été bien loin, le garçon se mit dos à dos avec elle affrontant aussi courageusement que la rousse ce qu’il se tramait. Elle hallucinait et avait du mal à se persuader, malgré toutes les démarches effectuées pour circuler librement afin de ramener le gosse en Royaume de France. Tout cela ressemblait à une embuscade, comme s’ils étaient attendus. Ce qui aurait dû être le cas soit dit en passant. Mais pas de cette façon, qu’on les ignore soit, mais qu’on les malmène non.

Eviter les coups, protéger l’enfant, ne pas le perdre des yeux, mais cela était impossible, même avec toute la meilleur volonté, elle n’y arrivait pas, elle sentait les épées la taillader de part et d’autre, comme si les flammes de l’enfer venaient la lécher, lui imposant de multiples brûlures qui lui arrachaient de faibles gémissements et l’affaiblissaient. Mais elle ne s’arrêterait pas tant qu’elle pourrait tenir sa garde et se battre. Jusqu’au bout. Jusqu’à la mort si c’était sa destinée. Mais elle perdit son protégé de vue, et là tout son monde s’effondra, elle faisait voler son épée, chaque mouvement devenant plus lourd, plus maladroit, elle résistait aux douleurs des morsures infligées par les lames. Elle savait qu’elle ne maitrisait plus rien, ils étaient en nombre et même si elle l’avait voulu, elle n’aurait pu faire quoi que cela soit… Sombrer? Non pas encore, son heure n’était pas venue et puisqu’il voulait du spectacle ils allaient en avoir!

Perdue dans une spirale de brumes aussi ténébreuses que ses troublantes prunelles, incapable de s’extirper de cette boucle angoissante sans fin, elle n’avait d’autre choix que d’affronter les fantômes de son passé. Sa mère passa devant son regard et, comme dans un labyrinthe, il lui semblait qu’elle lui interdisait de se faire du mal volontairement. Mais se faire du mal dans quel sens? Elle ne comprenait toujours pas. Puis venait sa meilleure amie, la flamboyante Marie. Rageuse, elle la giflait pour ensuite lui cracher au visage qu’elle ne lui pardonnerait jamais ce qu’elle avait fait. Mais qu’avait-elle fait? Elle l’ignorait ou plutôt, voulait l’ignorer. Son père apparaissait à ce moment là. Vêtu comme un seigneur, il approchait d’elle et tendait sa paume droite, poisseuse de sang. Sa voix la transperçait comme une dague de glace. Il réclamait son dû et lorsqu’elle lui demandait ce qu'il était, il répondait avec un sourire méprisant : Ta vie. Une nuit encore peuplée des pires cris qu’elle n’avait jamais poussés dans la réalité. Une nuit courte, longue et suante, les yeux fermés. Elle avait haleté, ses longs cheveux roux avaient masqué son visage et s’étaient collés à cause de la sueur, puis plus rien. Elle avait l’habitude de se voir mourir dans ses songes.

L'esprit échauffé par les railleries, la rage et l'adrénaline, la jeune femme se redressa et envoya sur le sol la caractéristique cape de la Licorne dans le seul but de ne pas l’abimer. Ewa remarqua à peine que les bruits autour avaient cessés. Peut-être les soldats avaient-ils été tués, maîtrisés ou mis en déroute. Dans ses rêves sans doute, seule avec un gamin c’était fort peu probable… Ne pas penser au pire… Elle se battait, frappait, contrait... Les bruits de coups, chair contre chair, claquaient en résonnant contre les murs de la ville, ponctués par des exclamations des autres combattants. Le sang coula, les os se brisèrent, la peau céda, et pourtant, personne ne ralentissait l'allure. Dans un rythme effréné, sous les yeux des spectateurs, les coups de poings, coudes, pieds, genoux, armes pleuvaient.

Le front d’Ewa se macula de sang, elle se brisa un doigt et sentit plusieurs de ses côtes se briser, mais la rage l'empêchait de sentir la douleur. Une colère sans limite animait la rouquine tandis que la volonté de dominer muait ses adversaires. Aucun ne semblait vouloir, ou pouvoir, céder. S'ils n'avaient pas été mortels, nul doute que le combat se serait poursuivit pour l'éternité, comme une constante universelle. Elle finit par un simple duel, les autres soldats s’étant reculés. Les deux combattants échangèrent des coups violents pendant de longues minutes, qui parurent durer l'éternité entière. Leur nature éphémère fut la seule chose qui leur fit finalement ralentir le rythme. Mais même meurtris, blessés, épuisés, ils refusèrent d'arrêter. L'intensité fit place à l'obstination. Les coups pleuvaient avec plus d'intervalle et moins de violence, mais l'on y sentait tout de même une seule et même volonté. Celle que l'autre soit le premier à tomber. Il leur fallu encore de longues minutes de lutte acharnée pour que l'issue du combat arrive enfin. Ewa cessa de fixer son adversaire et regarda au-delà. Au-dessus d'eux, dans l'air, l'esprit embrumé par le manque d'oxygène, l’écuyère vit une forme. Belle, éthérée, familière. D'une pure blancheur, d'une grande beauté. Un visage ô combien connu, ô combien chéri. La vision dessina un sourire tendre et sincère sur son visage ravagé par le combat.


J'arrive... Je vous rejoins...

Lâcha-t-elle à la forme éthérée dans un murmure. Avant que tout ne sombre dans l'obscurité. Finalement, à bout de force, elle se laissa tomber au sol de tout son poids… Rien plus rien…

Après quelques minutes de marche, elle déboucha sur une minuscule clairière, manquant d'aller se cogner dans une étrange statue de pierre rongée par le temps, représentant un homme d'épée agenouillé dans une position de respect. Curieusement attirée par l'œuvre d'art, la jeune femme gratta un peu la mousse pour dégager les inscriptions qui apparaissaient sur le socle mais ne put hélas déchiffrer ce qui y était marqué. Haussant les épaules, un peu déçue, elle admira le jeu de la lumière à travers les feuilles. L'endroit lui plaisait, malgré tout, il dégageait une atmosphère apaisante, comme si un petit îlot de printemps s'y était développé. Le froid se faisait moins vif ici, et ça et là, à travers l'humus et la mousse, de petits brins d'herbes folâtres pointaient déjà leur nez. L'endroit idéal pour essayer une nouvelle fois de démêler ses pensées. Elle s'installa en tailleur, soigneusement emmitouflée dans sa cape, au pied d'un épais tronc d'arbre, et ferma les yeux, relâchant le contrôle qu'elle exerçait difficilement sur ses émotions. Doucement, les larmes se mirent à rouler sur ses joues rosies par le froid, une par une, puis tout un flot, dans des sanglots silencieux. Toute cette tension l'épuisait. Elle avait peur, peur de l'avenir, de ce qui pouvait arriver, et ne savait que faire ... Progressivement, le poids imposant qu'elle sentait peser sur ses épaules s'effaça et avec lui naquit une certaine sensation de chaleur qui se diffusa dans tout son organisme. Elle se sentait bien, l'esprit vidé de ce qui la tourmentait. Sans qu'elle ne s'en rende compte, elle sombra peu après dans un sommeil réparateur, sa tête venant reposer directement sur le sol.

La lumière chatouillant soudain ses paupières, elle papillonna plusieurs fois des yeux avant de se décider à les ouvrir. S'étirant comme après un long sommeil, elle découvrit avec perplexité qu'elle venait de se réveiller dans une large et confortable bergère. Sa chevelure cuivrée cascadant librement sur ses épaules et son dos accrochait les reflets d'une douce lumière, en provenance de grandes fenêtres en arche, s'ouvrant dans le mur opposé, voilées par de légers rideaux de voile. Allongeant ses jambes repliées sous elle durant son sommeil, elle posa un pied nu sur le sol carrelé, sans en ressentir la froideur, puis un deuxième, le riche tissu de sa robe venant frôler ses chevilles. Voilà qui était bien étrange. Etait-ce réellement un rêve? Tout avait l'air si vrai … Captant son reflet dans un miroir, elle se découvrit habillée d'une longue robe de soie, d'un crème doré, ornée de motifs exotiques et élégants, retenue par une très large ceinture d'un rouge-brun, qui mettait en valeur la finesse de sa taille. Un nom résonna doucement dans son esprit, en même temps qu'elle prenait conscience de son environnement. La musique, les oiseaux, le décor, et la table dressée. Elle se trouvait à nouveau dans leur demeure ? Et Il n'était pas encore là !
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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:49

Grimoald a écrit:
[Retour en enfer]

Grimoald, 12 ans. A douze ans, on est encore un jeune garçon, on entre dans sa puberté, on devient autonome. On commence a avoir les idées claires, et même, on peut faire plaisir à une femme. Si si ! Enfin... Pas sur demande comme à l'âge adulte, mais dans l'absolu, on pourrait. Mais parfois, on a besoin d'une femme... Ça sert bien, une femme, plus qu'un homme peut être ! Enfin... pas sur, à vérifier. Assis devant Ewaele, sur le cheval, le jeune homme chantait. Quand un enfant chante, c'est qu'il est content. Il avait un peu mal, oui, à son genoux, mais il s'en moquait. Il était encore en Provence, oui, mais il allait bientôt en sortir. Rentrer en France, voilà ce qu'il voulait. Il ne pouvait pas plier la jambe, alors il la laisser pendre le long de l'épaule de la monture. Le souffle de la Comtesse faisait bouger les cheveux posés sur la nuque su garçon, et cette sensation lui procurait des frissons. Il l'aimait bien, sa rousse, et en plus, elle sentait bon... Puis, elle n'était pas désagréable à regarder. Dans l'absolu, elle ressemblait un peu à Ellesya... En moins... Je sais pas, elle n'étaient quand même pas pareilles.

« Je n'avais jamais ôte mon chapeau, devant personne,
Maintenant je rampe et je fais le beau, quand elle me sonne !
J'étais dur à cuire elle m'a convertit, la fine louche... euh non mouche !
Et je suis tombé tout chaud tout roussit, contre sa bouche... »


Le jeune clampin se dandinait sur son cheval, comme si il fut dans la taverne la plus branchée de paris. De toute façon, il pouvait chanter, ils n'étaient pas là illégalement. Ils avaient les papiers, tout ça, les accords, donc à quoi bon se cacher? Le sale gosse tourna la tête vers la rousse qui souriait en coin de le voir ainsi faire. Il se mit à rire et continuait à chanter. Ils chevauchaient depuis longtemps, ils ne tarderaient pas à arriver à Aix. Il reverrait surement Galaad, ça lui ferait plaisir. Un gosse plus chiant que lui, ça, ça n'arrivait pas tous les jours ! Mais déjà, au loin, les remparts de la capitale se dessinaient. Ewaele ne pouvait pas faire aller le cheval trop vite, pour ne pas faire mal à la petite crotte fragile qu'elle avait devant lui, et pourtant, la petite crotte voulait qu'elle se dépêche. Il en avait ras le bol du cheval, et de l'inconfort que le pommeau procurait. Alors, il chantait, se dandinait, et regardait le paysage. Cependant, jamais il n'aurait cru que toute l'histoire allait se passer de cette façon. Il se voyait déjà, dans deux semaines, à Tours, en train de faire son chieur pour quelques crêpes... Et pourtant... Doucement coco, tu rêves trop. Le monde n'est pas si parfait, oh que non.

« Je subis sa loi je file le tout doux, sous son empire,
bien qu'elle soit jalouse au delà de tout, et même pire... »


Cheval à l'arrêt, la rousse qui descend. Il devait arrêter de chanter... Ils étaient arrivés à Aix. Lentement, elle le prit le souleva non sans difficultés (il avait pris du poids à rester immobile) et le mit à terre. Il fit une grimace, montrant qu'il avait mal, et elle lui donna ses béquilles. Il les mit correctement, et il commença à marcher. On ne cache pas que les débuts avec ces bouts de bois étaient difficile, mais on peut dire que, avec le temps, il s'y était habitué.... Même si le soir il avait toujours un peu mal sous les bras.

Clac, clac, clac...

Menton relevé, allure fière, il se rapprochaient des portes de la ville quand celles-ci s'ouvrirent. Grimoald leva un sourcil, il n'était pas habitué à un tel accueil, surtout dans ce comté de nuls. Puis... C'était étrange... Ils étaient encore à cent mètre que déjà la porte s'ouvrait... Il eut alors un déclic. Mais non, ils n'allaient pas oser... De toute façon, ils étaient en règle, alors ils pouvaient venir. Comme il s'en était douté, un groupe d'une dizaine de personne arriva. Ils les encerclèrent sans dire un mot. Un garde commença à parler avec son accent provençal... Autant dire que le mioche ne pigeait rien à ce que ce pauvre gland pouvait dire. Puis, il s'en fichait; Il voulait manger, son ventre gargouillait.


« C'est fini oui ?! Laissez nous passer, ça suffit... »

Sourcils qui se froncent, et le jeune homme brave l'interdit. Il s'avance vers les hommes et demande de passer, alors que les autres lui rient à la figure et le pousse pour qu'il rejoigne sa compagne de voyage. Quel toupet... Ils savent pas qui il est, le jeune ! Mais ils le sauront bien assez tôt... Et alors que les gens s'approchent, le garçon brandit sa canne. Qu'ils approchent, il a passé ses journées à l'aiguiser. Qu'ils osent, et ils verront ce que c'est d'avoir un trou dans le bide ! Ewa se met dos à dos avec le jeune garçon... Non... Ça va commencer... NON ! Que ça ne recommence pas ! Et déjà, il entend le fracas des armes derrière lui... La Licorneuse a retrouvé sa condition de tueuse et se bat, seule contre tous... Grimoald avance, en laissant trainer sa jambe, s'aidant d'une seule canne, alors que l'autre est pointée vers un soldat, comme lors des joutes. Il voit le soldat rire et donner un coup d'épée pour éviter le bout de bois... Il n'a pas trop de difficultés... Misère... Il se retourne et Ewa tombe... Le boule qui lui tordait le ventre s'enflamme, son cœur ne bat plus, ou si, il bat trop vite... Elle est tombée... Elle est.. morte? NON ! Laissez là ! Les larmes commencent à couler sur ses joues, ses bras tremblent. Il s'appuie sur son unique canne, et n'a plus de moyens de défense. Et il pleure ! il pleure. Il pleure...

« Laissez là ! Ne la touchez pas ! »

Une voix qui cri et qui résonne alors que les hommes commence à se baisser sur sa comtesse... Qu'ils la laissent.

« Raclures ! Chiens du sans nom ! Tête de morts ! LAISSEZ LA ! »

Des mots débités à une cadence folle, non... Il ne faut pas... Ne la touchez pas... Il boite et se dépêche d'aller vers elle. Plutôt lui qu'elle? Surement... phylécastrope... LAISSEZ LA ! Il veut crier mais sa gorge est nouée... Et pourtant, il se déplace tel un chien errant qui aurait perdu sa patte et qui boite comme pas possible... Et pourtant, le chien, malgré son âge, malgré sa faiblesse, se mettra au milieu des loups pour les empêcher. Il ne veut pas qu'on la touche, pas elle ! Il lève sa canne et essaye de toucher un homme qui est penchée sur Ewaele...

« Pourritures, je vais vous tuer !! »

Et le cœur de Grimoald bat encore plus rapidement... Sa peur, qui étaient alors à son maximum, trouve le moyen de monter encore... Il a tellement peur qu'il est à la limite de tomber... Il est à la limite de défaillir. Les gens s'approchent... Il voit les gens s'approcher... Il voit leurs armes ! NON ! Allez plutôt vers elle... non... vers moi... non... Il ne sait plus. Que cela cesse, que cela cesse ! Il en a marre, de tout ça... Il a déjà mal au genoux, il est déjà blessé... Et les armes s'approchent, vite... trop vite... Il a peur, le Grimoald, diable qu'il a peur. Et pourtant, il ne veut pas se rendre, il ne veut pas. Plutôt la mort ! Il doit accomplir quelque chose, en bas, c'est Morgwen qui lui a dit, dans le ciel... Elle lui à dit ! Il sent une lame dans son dos, il sent la fraicheur de l'acier. Il se cambre, et tout de suite, il sent que la chaleur du sang inonde ses vêtements. Et voilà qu'un autre donne un coup de pied dans sa canne. Il perd l'équilibre, et il chute...

« Laissez moi ! Partez ! Ne me refaites pas ça ! J'ai mal ! S'il vous plait... »

Il les supplie... Et pourtant, il voit le soleil disparaître derrière les têtes de gros lards des soldats qui rient... Eh polo ! Un gosse ce soir, marrant non? Et ils se marrent, les raclure... Voir un gosse les supplier de ne pas l'amocher, ça les fait marrer...

« S'il vous plait... »

Jamais il pourra enlever de sa mémoire les rires gras des gars qui l'encerclent, alors qu'il est à terre, jamais.
Et pourtant, l'abime le reprend...
Encore
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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:53

Galaad__vf a écrit:
Galaad, tête brune aux mille pensées, perdu dans des histoires de grands, d'indépendance, de marquisat... C'est pas ton monde, le chiard, c'est pas ton monde. C'était simple, au début, maintenant il n'y entendait plus grand chose, enfin, surtout, il ne voulait pas trop voir que des gens qu'il aimait, et, le pensait il, l'aimaient aussi, allaient se battre contre d'autres dans le même cas. Sans même parler d’amour… il craignait de voir encore le sang. La seule bataille où il avait tenu le rôle de tambour hantait encore son esprit. Chaque nuit, il revoyait les chairs abimées, calcinées pour certaines, déchirées. *sic* Alors il ne dormait plus, ou essayait. Ça ne durait guère. Exténué, affaiblit par la maladie, il sombrait rapidement.

Ses seuls moments de sourire, de rire, même, c’était lorsqu’il était avec les gens auxquels il tenait. Des gens comme son presque père qui avait survécu. Sa troisième, aussi, qui était repartie au combat. Il en tremblait, le môme. Il était perdu. Et Flore ? Flore qui lui écrivait… sa peine, ses envies, ses projets. Ils n’avaient pas les mêmes idées, étaient elles siennes, d’ailleurs, ses pensées à lui ? Flore disait qu’on lui mentait, mais il ne pouvait y croire.

Ce soir, des voyageurs devaient arriver en Aix. Ce soir, dans la nuit, demain matin, il ne savait guère. Avec Benquoi le presque papa, il s’était posté en haut des murailles. Il voulait pouvoir guetter ces voyageurs. Cette dame à la Licorne qui l’avait sollicité lorsqu’il était porteur de la parole. Celle à qui il avait dit qu’elle pouvait voyager sans crainte en Provence, n’étant pas belligérante. Et elle revenait en Aix, avec un môme. Enfin, môme… Le double de son âge quand même ! C’était pas rien ! Un presque aussi chiant que lui, et c’est pas peu dire.

Et donc la petite tête brune accompagnée d’une autre, moins petite mais pas moins brune, était postée en haut d’un rempart, guettant. Son nouvel ami, un môme qui voulait faire la guerre… Jusqu’à ce qu’il ait vu ce que c’était. Grimoald. Premier contact. Raté. Second… Ils s’appréciaient. Alors, le môme, il guettait. Sœur Anne ne vois tu rien venir ? J’m’appelle pas Anne, gamin. Je sais, mais ne vois tu rien venir ?

Soudain, deux silhouettes. Un môme à quatre jambes et une femme. Chevelure flamboyante dans les lueurs des torches. Et Galaad qui amorce de grands signes, ne crie pas, pourtant, on croirait à une attaque. Et le môme de garder son bras en l’air, un temps. Avant de le laisser retomber par la seule force de la gravité. Et de rester là, bouche bée, ne comprenant pas. Ne saisissant pas encore le sens du tableau qu’il avait sous les yeux. Des soldats… Provençaux…

Un cercle.

Autour des deux voyageurs.

Et des mouvements.

Des coups. Des coups…

Beaucoup, énormément, trop de coups.

Des hurlements.

Un désespoir.

Deux silhouettes qui s’affaissent.

Et un chiard qui se rend compte qu’il crie, qu’il hurle, qu’il se débat, maintenu par deux mains fermes. Que s’il n’est pas déjà en bas, c’est que son presque père le retient. Qu’il allait sauter. Qu’il voulait descendre, là, maintenant, tout de suite. Qu’il avait envie de crever ses alliés Provençaux. Soldats avinés incapables d’entendre raison.

Et de pleurer.

D’hurler des paroles incompréhensibles.

De murmurer enfin…

D’avoir envie de n’avoir rien vu. Rien entendu.

Et de se dire, qu’il n’a que six ans, le môme, et qu’il ne peut rien faire.

Et de pleurer.

Encore.

Chiale. C’est ça, la guerre. Des monceaux de chair humaines bien loi de ce qui est censé en faire partie. Des membres arrachés, des cadavres pillés. Des blessés qu’on égorge, d’autre qu’on oublie. Ceux sur lesquels on s’acharne parce qu’ils ne sont pas du bon camp, le notre. C’est toujours le notre, le bon. Même quand on fait pire qu’en face.

Une damoiselle qui avait demandé droit de passage et l’avait obtenu.

Un gamin, du double de son âge qui n’en était qu’encore un, de môme.

Chiale le môme.

Chiale.

T’as vu, Grim, on t’aime tant qu’on a voulu te garder pour plus longtemps…
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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:56

Ewaele a écrit:
[Pour lui... Au-delà de tout]

Elle était redevenue une petite fille, fragile, cassante et posa sur le gamin des yeux implorants, demandant grâce, suppliant. Elle ne comprenait pas, ou peu, ne savait pas ce qu'elle faisait. Elle tentait vainement de se rappeler, ses doigts sur son front, cette cicatrice marquée à jamais dans sa chair et l'incompréhension, des sensations qu'elle avait éprouvées tout au long de ces derniers jours, de l'envie de changement qu'elle désirait. Que désires-tu vraiment lui chuchotait une voix dans sa tête. Son cœur battit plusieurs fois, entre incertitude et soumission envers la fatalité. Et quelque chose s'enclencha en elle, comme de l'eau coulant dans une rigole, les engrenages se remettant en place. Ce qu'elle était capable de faire, elle pouvait le défaire, facilement, aisément, du bout des doigts. Sa main droite descendit de la gorge de Grim et se posa sur sa poitrine, elle la leva lentement, le corps du môme fléchit, suivant le mouvement. Sa senestre lui maintint le crâne au sol, le protégeant de la douleur d'un assommement bien dérisoire en comparaison de la mort. Vide, paix et sérénité. Elle sentait une brûlure dans son ventre, s'étonnant que le gosse ne soit pas décédé sur le coup.

Ses mains lui faisaient mal, lancinantes, comme des braises ardentes au bout de ses bras, tombant pour venir caresser le sol d'une illusoire affection, d'une douceur feinte. Et son cœur, dans sa poitrine, battait des pulsations vides de ceux qui appellent la mort de leurs vœux, que la fin les foudroie sur place selon leur volonté. Mais ni la mort ne vint, ni la disparition et, si elle l'avait pu, la jeune femme serait rentrée sous terre pour s'enrouler autour de sa honte, s'éteindre à cette réalité. Ewaele leva lentement les yeux vers l’enfant, plein de larmes, brillant des sanglots cherchant à s'enfuir, à peine contenu dans sa gorge par la profondeur de sa crainte. Elle n’avait su le protéger, elle n’avait su l’emmener hors de ces terres tueuses… Un frisson parcourut son corps, la brûlure se tut. Son visage se recomposa. Elle se détendit et, du revers d'une de ses mains marbrées de noir, essuya l’émail de cristal qui coulait sur sa joue, tentant de réabsorber par la force de sa volonté, les autres larmes qui pointaient malgré elle. Tout le reste se passa vite. Le murmure du métal sortant du fourreau - dieu qu'elle s'étonnait à aimer ce bruit -, la rage, la haine, le départ. Elle avait gardé le silence tout du long, murée dans le mutisme normal de sa honte, toute entière se consumant au brasier vorace de la vergogne qu'elle éprouvait. Les bras tendus, raides, le long du corps, elle aurait préféré mourir. Elle ne méritait pas la confiance de cet enfant.

Elle le souleva, oubliant ses propres douleurs, oubliant le mal qui la rongeait. Elle devait l’emmener ailleurs, le sauver, prendre soin de lui comme elle n’avait pas su le faire. Dans la déflagration et le bouleversement de l'ordre. Dans l'éparpillement de la bienséance. Dans son démantèlement résolu, elle sentit son corps se briser un peu plus en soulevant le gamin… C'était maintenant que tout commençait. Dans la déconstruction asymétrique, dans le dérangement et le bouleversement à crever les yeux. Le plus fou des jardins perçait le sol de son indocilité. Le sien. Elle vivait, elle vivait et se devait de le voir vivre… Ecouter le courant d'air des perce-murailles, son insolence, sa persévérance, sa rébellion en déchirures d'encore un peu à tomber ici ou là, sans calcul ni revendication. Elle vivait et devait tout faire pour le sauver. Ses côtes la brulaient à la plier mais elle ne flancherait pas, son front la lançait, une croute de sang s’était formée dessus, et elle était tailladée de partout, ses habits en lambeaux… Mais qu’importait son apparence, pour l’heure la seule chose envisageable était de retourner à Brignoles… Alors, elle serra le sale gosse contre elle, faisant fi de ce qui la martelait au plus profond d’elle, l’enroula au mieux avec elle dans sa cape, sentant un liquide chaud se répandre sur son ventre… Son sang, sa blessure, poisseux, rouge garance liant la femme à l’enfant.

Cette nuit là, elle aurait aimé être perchée tout en haut du grand phare de Cork, sa ville depuis toujours jusqu’à jamais. Solidement harnachée à la rambarde, tout en haut, elle aurait attendu l’instant précis où ses doigts aurait senti qu’il était le moment de les frotter, de les frotter, de les frotter si fort, comme au temps de l’invention du feu. Cette nuit là, le ciel se serait embrasé, brusquement transpercé par ces trainées en brûlures d’astres pulvérisés. Cette nuit là, l’orage le plus dévastateur n’aurait fait mine que de parent pauvre, face à l’apocalypse en lifting acide sur le visage du néant. A l’heure sans heure, le temps aurait arrêté sa course, pour la première fois il aurait fait mentir la parole des hommes. Alors, une main tirée de l’invisible-incommensurable-indicible aurait posé la caresse délicate de l’heure exacte, de l’heure sans l’heure. Issue de l’union de l’avant et de l’après, elle unique et absolue… Nulle poésie n’aurait pu la décrire. Nul mot d’amour n’aurait su l’approcher. Nul peintre pour la peindre, ni même de musique pour l’évoquer, elle serait restée à jamais un mystère inviolable. Le rouet pervers des petites minutes continuerait à tourner dans l’esprit des hommes. Vaines marques aux repères aléatoires dans la suspension de l’heure sans heure. L’enfer des gestes à destination perdue reprendrait comme avant, la course éperdue prendrait l’apparence d’un but minable, la mort ne viendrait jamais au bon moment, les petites croyances fleuriraient, les canons reviendraient à l’aube des printemps, la terre saignerait, la terre pleurerait, les hommes oublieraient, encore, encore une fois… Il faudrait un miracle sans renaissance, pour tuer l’ardeur destructrice. Une sorte de néant reconstitué. Un vide. Elle ne parviendrait jamais à Brignoles...

Et son cheval avançait pourtant, sans doute plus vite qu’elle ne l’aurait voulu, comme s’il sentait que le temps pressait. Elle avait calé la tête de Grimoald sur son épaule, les lèvres de l’enfant frôlant son cou, ni chaudes, ni froides, comme son corps. Elle se maudissait et ne cessait pourtant de lui parler… Pour elle, pour lui, pour garder les yeux ouverts et éviter de suffoquer sous la douleur, pour éviter de le perdre définitivement et sa voix comme une douce mélopée vint lui murmurer un poème en gaëlique que son père lui avait appris…

Ní chasfaidh tusa thart do chloigeann [Tu ne tourneras pas le dos à la mort]
agus an bás ag rolladh chugat mar an t-aigeán. [quand elle déferlera sur toi comme l'océan.]
Coinneoidh tú ag stánadh air go seasta [Tu lui feras face sans reculer]
agus é ag scuabadh chugat isteach ina spraisteacha geala [quand elle avancera vers toi des profondeurs de l'éternité]
ó fhíor na síoraíochta. [en poudroiements de blanche écume.]
Coinneoidh tú do chíall [Tu garderas la raison et]
agus do chéadfaí agus é ag siollfarnaigh [conserveras tes sens lorsqu'elle submergera]
thar chladaí d'inchinne [les rives de ton esprit]
go dtí go mbeidh sé ar d'aithne, [ainsi tu sauras ce qu'elle est,]
go huile agus go hiomlán, [totalement, intimement,]
díreach mar a rinne tú agus tú i do thachrán [comme quand tu étais gamin]
ar thránna Mhachaire Rabhartaigh [sur les plages de Machaire Rabhartaigh]
agus tonnta mara an Atlantaigh [et que les grandes vagues de l'Atlantique]
ag sealbhú do cholainne. [s'emparaient de ton corps.]
Ach sula ndeachaigh do shaol ar neamhní [Mais avant que ta vie ne soit réduite à néant]
shroich tusa ciumhais an chladaigh. [tu es parvenu jusqu'au rivage,]
Tarlóidh a mhacasamhail anseo, [la même chose se produira alors.]
Scroichfidh tú domhan na mbeo [Tu atteindras le monde des vivants]
tar éis dul i dtaithí an duibheagáin le d'aigne, [après avoir fait l'expérience des abîmes,]
ach beidh séala an tsáile ort go deo, [l'eau de mer marquera ton corps à jamais]
beidh doimhneacht agat mar dhuine, [ta personnalité prendra son épaisseur,]
as baol an bháis tiocfaidh fírinne. [du danger de la mort te viendra la vérité.]*

Elle vit enfin les feux du campement, ralentit sa monture en tirant légèrement sur la longe, ne sentait plus son corps, vibrait au léger rythme de celui de l’enfant, une seule question en tête. Comment pourrait-il lui pardonner? Parce que ce n'était "pas de sa faute"? Baste! Elle se rappelait encore de la pulsion meurtrière qui l'avait prise face à ces hommes, impossible à endiguer, plus puissante que la marée, du goût de la colère au fond de la gorge, libératrice après la peine qu'elle avait ressentit. Contre elle, le corps de Grim comme un fleuve puissant ondulant entre ses cuisses. Contre son ventre. Il l’irradiait de chaleur et d'assurance, la retenant pour qu'elle ne tombe pas. Le vent lui fouettait le visage, et le ciel, juste à portée de main, était un présent plus précieux que la vie. C'était du bonheur, de la joie pure qui faisait danser ses cheveux, des éclats de feux dans tant de noirceur. Malgré elle, elle partit dans un rire caractéristique des gens innocents, des étoiles dans les yeux. Le paysage s'étendait devant eux, carrés de culture, maisonnettes... Et les forêts comme des tapis de mousse. Puis la réalité se troubla et elle pénétra dans un tuyau où les couleurs fanaient, les formes s'étiraient. Un froid lui prit les os mais elle l'accepta, ne dit-on pas qu’avant de mourir on voit tout toujours plus beau? Etait ce le cas? Un moment de sursis avant de s’envoler vers l’éternel… Elle sourit, que pouvait-elle faire d’autre? Ils étaient arrivés et elle n’avait plus rien à faire. Elle se sentit tomber impuissante, agrippa le corps fragile de l’enfant tout contre elle pour ne pas lui faire subir ce qu’elle ne maitrisait plus… Sa vie. Elle dût toucher le sol mais de cela elle n’en garderait aucun souvenir!



* Extrait : ‘Le chemin du retour’ (Pilleadh an Deoraí), poèmes gaéliques / Cathal Ó Searcaigh
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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 18:58

Virginia_ a écrit:
Comme pour beaucoup de nouveaux parents, le moindre bruit incongru réveillait la jeune femme, surtout en plein milieu de la nuit. Se redressant rapidement sur son lit, elle se leva et se dirigea vers le lit d’appoint dans lequel sa fille dormait du sommeil du juste.

D’où pouvait provenir ce bruit ? Pourquoi l’avait-il réveillée ? Pourquoi ce sentiment d’urgence s’immisçait tout à coup en elle ? Où chercher ? Où aller ? Que faire ? Une chose était sure, elle ne pouvait rester là sans bouger, sans rien faire, elle devait en avoir le cœur net sinon elle ne pourrait se rendormir.

Instinctivement, elle sentait qu’elle devait s’engouffrer dans les ténèbres humides et froides de cette nuit d’hiver. Elle enfila ses bottes en claquant le talon au sol, déploya sa cape autour de ses épaules, en rabattit la capuche. Tout en tenant les pans fermement serrés contre elle, elle s’échappa de la chaleur et du confort tout relatif de la tente. Elle attendit un instant que son regard se fasse à l’obscurité nocturne, tendit l’oreille afin d’identifier la provenance du tapage. Elle se mit enfin à marcher dans la direction qui lui semblait en être l’origine.

Faisant fi des herbes hautes et des broussailles qui envahissaient ça et là le passage, se désintéressant des branches nues qui lui flagellaient le corps, Vinou continuait d’avancer, encore et toujours, elle allait de l’avant vers ce gouffre béant qui l’appelait. Elle porta machinalement la main sur la blessure, encore relativement fraiche qu’elle avait la tête. Celle-ci recommençait à la faire souffrir, telles ces douleurs lancinantes qui reviennent lorsqu’on le désire le moins.

La respiration de plus en plus courte, haletante, le visage tiraillé par la morsure du frimas, le corps transit malgré l’épaisseur de sa cape, la jeune femme marchait de plus en plus vite. Inquiète, de plus belle, elle se mit à courir aussi rapidement que son corps fatigué le lui permettait. Urgence, sans savoir pourquoi, elle ressentait une urgence comme elle aurait ressenti l’appel bien distinct d’un de ses enfants de l’autre côté de la rue.

L’air hagard, elle arriva à l’entrée du campement et s’immobilisa. L’horreur de la situation dilatait ses pupilles azurées devenues pratiquement noires, un cri étranglé lui resta en travers de la gorge. Vinou se laissa tomber auprès des deux corps emmêlés et ensanglantés qu’elle connaissait si bien. Ewa … la Rouquine … son amie … presque sa sœur … Grim … le sale gosse … l’espiègle … celui que son fils deviendrait peut-être … elle l’espérait… Elle leur caressa les cheveux, une main sur chacune des têtes, les larmes coulaient sur ses joues sans qu’elle ne s’en rende compte, elle se mit à hurler :

Ce n’était qu’un enfant ! Elle l’accompagnait ! Ils n’avaient rien à faire dans cette guerre ! Ils avaient toutes les autorisations nécessaires ! Pourquoi avoir fait cela ? POURQUOI ?

Elle devait se ressaisir, elle ne pouvait se laisser aller, ils avaient besoin d’elle, elle ne pouvait les laisser dans cette indifférence hostile. Elle ne pouvait les porter tous les deux, peut-être même pas le gamin seul mais elle se devait de le faire, d’au moins essayer. Elle avait besoin d’aide et rapidement. Elle regarda autour d’elle, un peu perdue. Comme à son habitude dans ces moments-là, elle se mordit la lèvre à sang avant de tomber sur la tente des Officiers. Elle l’avait son aide, elle était là à portée de main, elle n’avait qu’à aller la chercher et revenir aussi vite.

Connestable ! Connestable ! Viiiiiiiiiiiite … La Rouquiiiiiiiiine ... Le sale goooooooosse …

Vinou devait avoir l’air d’une folle furieuse, d’une hystérique, se ruant avec toute la force dont elle était capable dans la tente et arrachant presque le bras du premier Officier venu qu’elle connaissait, le Connestable de France, LeKaiser mais elle n’en avait cure, tout ce qui lui importait, était de les sauver. Sentant qu’il la suivait, elle repartit en sens inverse, vers la cruauté de la guerre.

Lentement elle écarta le gavroche de la Rouquine en faisant bien attention au sang qu’elle avait senti en passant la main sur le dos de celui-ci. Probablement avait-il été touché par derrière, une fourberie de plus de la part des agresseurs, à quoi d’autre pouvait-on s’attendre de la part d’impies ?

Le plus doucement possible elle sépara les deux carcasses. Si elle voulait tenir le coup, elle ne pouvait y voir des êtres humains mais des objets, des choses inanimées, elle devait faire abstraction de ses sentiments et de ses émotions et ne plus être qu’hermétiquement fermée à toute intrusion. Pendant qu’elle s’occupait du gosse, LeK avait déjà saisi la Comtesse dans les bras, elle le vit la transporter précieusement jusqu’à la tente de soin. La jeune femme ne put s’empêcher de pousser un soupire de soulagement.

Vinou reporta son attention sur le jeune garçon. Comment le porter, sans le faire souffrir plus que de nécessaire ? Comment ne pas trop toucher son dos tout en assurant la prise ? Toujours agenouillée, elle prit doucement sa tête pour la poser sur son épaule, fit glisser son torse sur son buste, glissa son bras gauche sous ses fesses. Elle prit une profonde inspiration tout en posant la main droite sur sa tête et se redressa, jambes légèrement écartées, le pied droit un peu en retrait par rapport au gauche afin de leur assurer un équilibre, bancal mais un équilibre malgré tout. Elle le portait comme une mère porte son enfant pour le bercer ou pour le réconforter. Tout en lui murmurant des paroles apaisantes, toutes maternelles, elle se mit en route.

Les premiers pas furent hésitants, incertains, la jeune femme ne sachant pas si elle tiendrait le coup jusqu’à la tente. Le visage marqué d’une détermination nouvelle, elle continuait à chuchoter. Elle ne pouvait lâcher, elle ne pouvait pas le laisser tomber. Non ! Elle n’en avait pas le droit ! Elle n’avait pas le choix ! On ne le lui avait pas laissé ! Elle devait faire avec et ferait avec. Chaque enjambée était plus assurée que la précédente, plus solide, plus déterminée. La faible lueur de la lanterne de la tente se fit voir, elle la guidait comme le messie guide les ouailles sur le chemin du Très Haut. Vinou la fixait avec intensité et y puisa la force et l’énergie dont elle avait besoin pour franchir les derniers mètres pour finalement franchir le seuil de la tente.

La première chose qu’elle vit, fut qu’Ewa avait été installée sur un des lits de libres et que le Connestable lui tenait la main. On lui avait retiré sa cape de licorneuse azure et ses cuissardes pour l’allonger et son visage avait été nettoyé. Par qui, elle ne le savait pas mais elle en fut soulagée et dans ces conditions, pouvait se permettre de s’occuper du gamin. Elle n’aurait pas à faire de choix entre son amitié et son instinct de mère.

Avec douceur et délicatesse, elle l’installa du mieux qu’elle put sur une couche de fortune, elle entreprit de lui ôter les vêtements un par un, faisant attention à sa jambe qui était à peine remise de ses précédentes blessures et en touchant le moins possible son dos ensanglanté. Rose, le dragon en jupon, qu’elle avait maudit quelques temps plus tôt, avait apporté une bassine d’eau claire et des chiffons. Vinou s’en saisit et nettoya le gamin avec toute la bienveillance dont elle était capable, lui fredonnant la berceuse qu’elle chantait à ses enfants.
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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 19:01

Theophile a écrit:
La route avait été plus longue et bien plus risquée qu'il ne l'avait imaginé. Quitter Arles avait somme toutes été un jeu d'enfant. C'est par la suite que tout s'était compliqué. Aix inaccessible, bien trop dangereux d'y passer seul, surtout listé en membre de Memento. Il avait donc décidé de contourner la capitale provençale et s'était perdu dans la guarrigue. Rien ne ressemble plus à un bois de pins qu'un autre bois de pins, surtout la nuit. Même les cartes dont il se servait pour tenter de retrouver son chemin semblaient inexactes. Certains petits villages croisés en chemin n'y étaient pas répertoriés, certaines routes n'étaient pas tracées aussi clairement que sur le parchemin. Bref ... tours et détours avaient fait durer ce voyage bien plus longtemps que prévu.

Il avait voyagé de nuit. Pour plusieurs raisons. Le risque de croiser des armées est plus limité, sans être nul pour autant. La nuit, les bruits sont amplifiés et il est plus facile de repéré un adversaire ou d'éviter une rencontre impromptue. L'expérience acquise au fil des années lui avait appris les pièges dans lesquels il fallait éviter de tomber en voyageant. Et les risques, en temps de guerre étaient accrus. La nuit restait sa meilleure alliée. Black, le fringuant frison semblait lui aussi sentir la nécessité de rester attentif et discret. Ses pas se faisaient prudents et la communion entre le cavalier et sa monture leur permit plus d'une fois d'éviter une embuscade ou de repérer un ennemi potentiel et d'éviter son chemin.

Enfin, après 2 jours de route, Brignoles apparut à l'horizon. La ville, assiégée à plusieurs reprises, était entourée de camps. Grâce aux oriflammes battant au vent, Théo n'eut aucun mal à trouver celui des français, dans lequel devait séjourner la jeune femme. A l'entrée, deux gardes l'interrogèrent sur les raisons de sa visite, il fut fouillé et désarmé et Black mené auprès des chevaux de la garnison. Puis, sous bonne escorte, il fut mené jusqu'à ce qui ressemblait à une tente de soins, au vu de la taille de celle-ci. Une fois encore, il dut attendre que l'estafette et le responsable des lieux examinent la raison de sa visite : la lettre que lui avait fait parvenir Vinou servit une fois encore de laisser-passer. Alors que les hommes discutaient encore, il la vit.

Le temps se figea ... ses yeux ne pouvaient quitter sa silhouette. Elle semblait si frêle et fatiguée. Visage pâle, la tête entourée d'un bandage ... elle était penchée sur un blessé apparemment . Lentement, il avança vers elle, ne prêtant aucune attention aux regards qui se posaient sur lui, aux gémissements et aux odeurs qui l'entouraient. Quelques pas encore et il se tint devant elle. Aucun son ne sortit de sa bouche et ses yeux se posèrent un instant sur le corps dont elle s'occupait, avant de revenir vers son visage à elle .



Vie ...

Virginia_ a écrit:
La jeune femme était concentrée sur ce qu’elle faisait, ses mains habiles parcouraient le corps du sale gosse pour le nettoyer mais aussi pour le soigner. N’avait-elle pratiquement pas fini le cursus de la voie des sciences ? Il fallait bien que toutes les heures qu’elle avait passées au cours lui servent enfin à quelque chose.

De ce qu’elle avait pu voir, aucun organe vital n’avait été touché, la lame semblait avoir été rentrée entre deux côtés. Peut-être étaient-elles froissées ou même cassées mais pour cela, elle ne pouvait rien faire à part appliquer un onguent antidouleur à base de genévrier et de camomille. Pour l’ouverture qu’il avait au dos, elle appliqua un cataplasme fait d’un mélange de menthe, de thym et de romarin avant de recouvrir le tout d’un pansement, prenant bien soin d’épargner au jeune malade le moindre mouvement brusque et de ne pas trop serrer les côtes fragilisées de celui-ci. Elle avait bien de la chance que sa besace qui recelait tous ses trésors qu’elle utilisait sur ses propres enfants lorsqu’ils étaient blessés se trouvait toujours sous la tente de soin, à l’endroit où elle l’avait laissée. Vinou leva les yeux au ciel et adressa une prière de remerciements au Très Haut.

Pour finir sa besogne, elle passa la main dans le coup du gavroche pour lui faire boire par petites gorgées une infusion de tilleul aux vertus sédatives. Le sommeil et le repos, n’était-il pas le meilleur de tout les remèdes possible ? Elle l’aida à se recoucher et a l’installa aussi confortablement que possible sur le lit, le bordant des couvertures pour qu’il ne prenne pas froid. Elle avait conscience que ces gestes, peut-être trop maternels, pouvaient paraitre déplacés en ces lieux mais elle aussi avait besoin d’une chose à laquelle se s’accrocher pour continuer. Cette chose, c’était ses enfants qu’il lui tardait tant de revoir. Elle se laissait aller à caresser la joue du malade lorsqu’elle entendit une voix, mais surtout un nom qui lui fit chaud au cœur et la ramena dans le passé, pas forcément si lointain.


Citation :
Vie …

Une seule personne l’avait jamais appelée ainsi… personne à laquelle appartenait la voix … et qu’elle avait pendant si longtemps appelé « mon cœur » … une foule de souvenirs lui revint en mémoire, si forte et si intense qu’elle fut obligée de fermer quelques temps les yeux.

Elle le revit ami, timide et réservé, confident et soutien. Amoureux, surprenant, doux et tendre. « Mari » attentionné et protecteur. Père, peu présent, formidable et merveilleux. Lentement, Vinou se retourna pour lui faire face et lui sourit. Il avait été « son cœur » et elle savait qu’il l’était toujours pour elle. Elle savait qu’il était avec une autre et qu’il l’aimait tout comme elle en aimait aussi malgré tout un autre. Au fond, ils étaient tous deux si semblables malgré leurs profondes différences.

La jeune femme jeta un coup d’œil attentif de l’autre côté de la tente vers la Rouquine qui semblait paisible dans son sommeil, elle en fut rassurée tout comme elle le fut de savoir que Rose veillerait à présent sur les deux malades. Elle reporta son attention sur le nouveau venu et prit enfin la parole.


Bonjour Théo … Je … Je suis contente de te voir…
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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 19:03

Ewaele a écrit:
[De l'ombre à la Lumière]

La jeune femme n'avait de cesse de se tourner et de se retourner, encore et encore, sur cette couche bien trop exiguë à son goût et qui plus est, d'une puanteur insoutenable. Son ancien propriétaire avait dû agoniser dessus de longues heures, cela ne pouvait en être autrement... Et pour couronner le tout, les ronflements tonitruants de ses compagnons de dortoir résonnait à ses oreilles, semblables aux carillons d'une Église en plein émoi. C'en était de trop! Elle rejeta négligemment le drap qui recouvrait ses jambes et posa ses dernières sur le sol brut de cette tente qui faisait office d’infirmerie. L'atmosphère du lieu était étouffante, oppressante pour elle qui avait l'habitude de dormir dans les tentes battues par les vents mugissants. Un sentiment plein de nostalgie s'empara alors d’elle mais elle le rabroua bien vite. Après tout, elle avait fait un choix et n'avait pas le droit de s'apitoyer sur son sort.

Comme si elle avait le pouvoir de chasser les idées noires qui la tiraillait, elle passa une main sur son visage ensommeillé. Puis balaya le lieu d'un œil averti, appréciant la largeur grâce aux quelques bougies dont la lumière vacillait dans les alcôves qui se nichait un peu partout. Une cinquantaine de paillasses avaient été installés aux pieds desquelles se tenait une malle de bonnes factures. La veille, lorsque le Connétable de France l'avait laissé au bon soin des bras de Morphée après quelques recommandations et lui avoir souhaité une agréable nuit bien sûr, c'était Vinou accompagnée de Maëlya qui se tenaient alors à ses côtés, elle l’avait aidée à déposer ses affaires qui n'avaient désormais plus les vertus protectrices qui leur étaient nécessaires, sa cape azure, sa tunique de cuir et enfin sa lame dans la dite malle, avant de s'écrouler sur la paillasse, éreintée... Elle venait de rentrer de sa première sortie depuis le fameux jour où ils l’avaient retrouvée, inconsciente ou presque, à l’entrée du campement.

Ayant achevé son inspection du lieu, elle s'approcha de l'entrée de la tente, ouverture s'apparentant plutôt à une meurtrière qu'autre chose dont s'échappait un filet d'air tiède. Essayant de couler un œil au dehors, elle ne vit que ténèbres et la chaleur accablante qui en émanait la désintéressèrent bien vite. Ewaële devait se rafraichir et décida de trouver une source d'eau aux alentours. Le temps de trouver l'objet de sa quête, elle aurait tout le temps de se remémorer ce qu’elle avait vécu et ressenti depuis qu’il l’avait soulevé du sol et de décider ce qu'elle ferait. S'approchant de la malle, la rouquine empoigna le fourreau de son épée qu'elle porta à son côté et coula un regard sur sa tunique mais l'atmosphère suffocante du lieu lui fit renoncer. La rousse n'allait pas non plus faire quelques emplettes en ville, seulement se dégourdir les jambes et se passer un peu d'eau sur le visage. La lame n'était donc pas non plus de rigueur après tout... Ah! Peste! Qu'est un enfant sans son hochet?! La Comtesse, tâchant de faire le moins de bruit possible, traversa la tente d'un pas le plus silencieux dont elle était capable. Les postures et les mimiques grotesques des endormis étaient comiques, tantôt un filet de bave au coin des lèvres, tantôt quelques mots inintelligibles prononcés d'une voix ensommeillé. Elle se dit alors qu'elle ne devait guère être mieux... Elle sortit précipitamment…

Elle était là assisse au bord de l’eau, sa main plongée sentait le liquide glisser entre ses doigts, légère sensation qui lui faisait penser à une caresse. Elle se laissa bercer par ce mouvement et repartit quelques jours en arrière. Son esprit était confus, ses souvenirs empreints de différents sentiments, et pourtant, malgré ses blessures qu’elle essayait d’occulter, ce n’était pas l’escarmouche qui la faisait frémir mais ce qu’elle avait vécu après… C’était dans cet amas de confusion que son corps se réveilla. L'instinct de l'animal dont on entrait dans le périmètre et qui se sentait menacé fit frisonner sa peau. On la touchait, mieux encore on la soulevait. Il n’y aurait eu aucun mal à cela si elle pouvait réagir un tant soi peu… Mais la fatigue et les coups avaient eux raisons d’elle, ses forces l’avaient quittée et à part ressentir les choses, elle ne pouvait guère faire mieux. Dans un premier temps cette proximité l’ennuya, elle ne savait pas à qui elle avait à faire ni où elle se trouvait. Comment pourrait-elle se défendre et le gosse… Il n’y avait là nulle place pour un combat qui n’avait lieu d’être en l’absence de possibilités autres que l’inéluctable défaite. Elle en serait de toute façon bien incapable. Ewaele ne bougeait point. Les sons émis qui venaient d’être traduits par son cerveau la laissaient paralysée. Comme si ses mots avaient besoin d’être appuyés, l’homme maintenant lui murmurait à l’oreille, mais elle n’arrivait pas à décrypter, cette voix ne lui était pas inconnue, mais elle était trop lasse pour ouvrir les yeux, la volonté lui manquait. Elle sentait la chaleur de son corps contre le sien et les secousses sans doute provoquées par ses pas, il avançait vite, son souffle se faisait court dans son cou, cette légère brise elle la trouvait rassurante, presque douce… Puis ce furent les battements de son cœur qu’elle perçut, rapide… Qui était-il?

Plus tard sans doute, elle quitta ses bras forts et rassurants et le froid la saisit. Elle ne savait toujours pas ce qu’il se passait autour d’elle, aurait voulu crier dire que cela allait, mais les mots ne voulaient pas franchir la barrière de ses lèvres… Et cette main dans la sienne maintenant, elle aurait voulu la humer pour voir si les effluves étaient les mêmes que celles d’un peu plutôt, si elle avait à faire au même homme. Sa mémoire tournait dans le vide pour essayer de mettre un nom sur cette voix, ces murmures, elle avait déjà vécu cela, elle le connaissait, et cette saveur qui naissait en elle et qui l’obligeait à reprendre pied ne pouvait venir que de lui. Elle sentit une légère pression sur ses doigts et d’une façon sans doute imperceptible elle rendit le contact. Cette peau chaude, ces doigts enlacés aux siens, cette main elle en connaissait aussi les creux et les bosses… Et la volonté se fit plus forte, elle devait ouvrir les yeux, elle devait mettre un nom, voir son visage, au moins lui sourire si ce n’était plus… Une fine fente, juste de quoi percevoir un filet de lumière trop puissante encore pour écarquiller ses émeraudes, mais ce qu’elle vit la rassura, un cordon et un trèfle pendant autour d’un cou. Elle sut… Et ses lèvres s’étirèrent et un filet fluet en sorti…
Lek.

Et puis soudain, contre toute attente, la physionomie de la jeune femme changea sans nulle raison, ou pour des fondements qui seuls germaient dans son esprit. Ses muscles se détendirent, ses épaules se relâchèrent et un timide sourire s'épanouit sur le visage. Puis elle sursauta quand, dans ses doigts elle sentit quelque chose se faufiler autre que de l’eau, son retour sur ce moment ne s’effaça pas pour autant. Elle le gardait précieusement en elle. Même si depuis Vinou lui avait expliqué ce qu’il s’était passé, il avait été là et était resté auprès d’elle. Depuis Chalon il avait été fort prit et son temps lui étant très précieux elle n’avait osé donner suite aux diverses entrevues et conversations qu’ils avaient eues. Aujourd’hui elle regardait l’horizon avec un nouvel espoir…
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Vinou

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MessageSujet: Re: Une lumière dans l'horreur de la guerre   Ven 4 Fév - 19:04

Virginia_ a écrit:
Afin de pouvoir parler plus librement et de ne pas être obligés de chuchoter constamment de peur de réveiller les convalescents, Vinou avait emmené Théo près du feu de bois du camp. Leurs « retrouvailles » avaient d’abord été un peu froides, chacun observant l’autre avec plus ou moins d’intérêt. La discussion prit un tour plus chaleureux et plus complice lorsqu’ils avaient évoqué leurs enfants.

Matthéa grandissait de plus en plus, elle lui avait confectionné des biscuits décoratifs pour Noël, Théo les lui tendit. Emue aux larmes, la jeune femme les pris et la plaça sur son cœur. Elle s’en voulait tellement d’avoir raté ces fêtes de fin d’année, fêtes familiales par excellence. Que dire des jumeaux, Emma et Audric ? Vinou se demandait s’ils la reconnaitraient encore après tout ce temps passé loin d’elle. Ils n’étaient encore que des bambins lorsqu’elle avait demandé de l’aide à leur père pour le garder durant son absence. Elle les savait en sécurité à Sarlat auprès de leur gouvernante qui avait aussi été la sienne. Elle avait toute confiance en la femme d’un certain âge qui était devenue au fil des années sa confidente, sa mère de remplacement. Elle lui présenta avec fierté et une tendresse toute maternelle, Maëlya, sa lumière dans ces contrées désolées où elle se trouvait, sa dernière née.

Ils discutèrent un long moment au coin du feu, les premières lueurs de l’aube pointaient déjà à l’horizon lorsqu’il se décida à reprendre le chemin du retour. Ils se quittèrent sur un « au revoir » qui ressemblait plus à un « adieu » aux yeux de la jeune femme. Elle le regarda s’éloigner dans le lointain, laissant avec lui s’en aller son amour qu’elle avait bafoué, sa tendresse qui lui manquait souvent, son réconfort dont elle avait tellement besoin en ce moment.

Lorsqu’elle se mit à frissonner dans la fraicheur de ce début de journée, elle prit soin d’éteindre les dernières braises du feu et se retourna dans sa tente pour se reposer quelques heures. Son sommeil fut agité, envahi de souvenirs, bons et moins bons, d’images nettes et précises de certains moments passés ensemble, des larmes qu’elle avait si longtemps retenues et qu’elle pensait ne plus pouvoir verser glissèrent sur ses joues sans qu’elle ne s’en rende compte.

Plus tard, elle se réveilla, fit sa toilette, donna le sein à sa fille et la prépara pour une petite visite aux convalescents. Sous la tente de soins, elle s’approcha d’abord du « sale gosse », posa la main sur son front, vérifiant ainsi si la fièvre le gagnait ou pas. Rose qui avait trouvé une jeune femme, presque encore une jeune fille pour l’aider à s’occuper des blessés était allée se reposer à son tour. Rassurée sur l’état de santé du gamin, Vinou se dirigea vers le lit de la Rouquine. Voyant celui-ci vide, elle fronça les sourcils.

Connaissant Ewa, celle-ci en avait certainement eu assez d’être alitée dans un tel endroit et avait dû sortir. Mais où avait-elle bien pu aller ? Quelle direction prendre ? Elle hésitait lorsqu’une buse se posa devant elle. La jeune femme lut avec attention le message et poussa un soupire. Il fallait vraiment qu’elle trouve la Comtesse et rapidement en plus.

Parcourant le campement, elle regardait ça et là à la recherche de la chevelure de feu de son amie. Enfin elle la trouva assise au bord de l’eau, un peu perdue dans ses pensées. Prenant garde à ne pas se mouiller ni à mouiller sa fille, elle s’assit à ses côtés et déposa un baiser sur sa joue. Les deux jeunes femmes papotèrent un moment, de tout, de rien, tout pour éviter de parler de ce qui les entourait.

Vinou finit par lui montrer le message qu’elle avait reçu, elle devait quitter Brignoles pour aller à Toulon. Les routes étant peu sur et mal fréquentées, elle ne pouvait emmener Maëlya avec elle, elle ne pouvait prendre ce risque. Non ! Elle ne le pouvait pas. Elle savait que cette séparation, si vite après sa naissance, lui arracherait une partie du cœur et broierait ses entrailles mais elle n’avait pas le choix, elle devait faire ce pourquoi elle avait donné sa parole et devait surtout laisser sa fille aux bons soins de son amie Ewa, si celle-ci acceptait.

La jeune femme parti un peu apaisée, la Rouquine, bien qu’un peu mal à l’aise avec le poupon, avait accepté sa demande. Sa fille serait en sécurité et son amie serait entourée par des amis de confiance qui étaient aussi en ville. Dont un personne en particulier, Vinou n’avait pu s’empêcher de voir certaines choses, certains gestes, certains murmurent significatifs entre la Comtesse et le Connestable de France.
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Une lumière dans l'horreur de la guerre
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